samedi 24 janvier 2015

DIEUDONNÉ BIENTÔT ENVOYÉ EN PRISON ? Pour le moment EN GARDE À VUE ! Sale temps pour la liberté d’expression via deux événements qui se font écho : le 7 janvier, des terroristes veulent faire taire les dessinateurs humoristes de Charlie hebdo à coups de kalachnikov. Le 14 janvier, le gouvernement socialiste veut faire taire l’humoriste Dieudonné à coups de justice d’exception (Amnesty international vient de condamner la France pour ce fait).




1 - Réflexions sur la liberté d’expression en France

2 - Réflexions sur le traitement stalinien des médias et des politiques concernant la marche parisienne du 11 janvier




1 - RÉFLEXIONS SUR LA LIBERTÉ D'EXPRESSION EN FRANCE  Incroyable. Alors que le gouvernement socialiste n’a cessé de reprendre à son compte le fameux « Je suis Charlie » d’internet, slogan créé dès le 7 janvier et censé être une déclaration de foi en faveur de la liberté d’expression (mais aussi un cri d’amour à Charlie hebdo, ce qui explique qu’il n’est pas repris par tous les internautes, loin s’en faut), alors que ce même gouvernement se gargarise avec des formules toutes faites et à grands coups de « liberté », « république », « droits de l’homme » et tutti quanti, le voilà qu’il sombre à nouveau dans une nouvelle dérive totalitaire en reprenant sa chasse à l’homme contre un comique français irrévérencieux qu’il a dans le collimateur depuis plusieurs années, un bouffon du Roi qui n’a pourtant commis qu'un seul crime : celui de pratiquer un humour provocateur titillant les puissants et les tabous de la République, dans la lignée des dessinateurs de Charlie hebdo donc (voir certaines Unes de l’hebdomadaire en fin d’article, que même Dieudonné, au plus profond de ses provocations concernant le sionisme ou les juifs, aurait hésité à faire. Chantres de la liberté d’expression qui vous écriez « Je suis Charlie » tout en condamnant Dieudonné, êtes-vous aussi solidaires de ces Unes ? Et si oui, arrivez-vous à vous regarder dans une glace après autant de contradictions dans votre raisonnement ?).

Comment l’exécutif peut-il dans le même temps récupérer l’émotion d’une partie de la population qui défilait pour la liberté d’expression en France suite aux atroces assassinats des créateurs de Charlie hebdo et prendre la décision ubuesque de commettre un crime contre la liberté d’expression en mettant Dieudonné en une garde à vue aboutissant à un jugement en correctionnelle pour « apologie du terrorisme ». Tout cela à cause d’un tweet certes malvenu mais dont l’avocat de Dieudonné Maître Sanjay Mirabeau a parfaitement démontré qu’il ne constituait nullement une quelconque apologie du crime, le polémiste voulant simplement dire, au moment de quitter la manifestation parisienne en hommage aux victimes de Charlie hebdo à laquelle il participait, qu’il se « sentait à la fois Charlie » (puisque humoriste dans la même logique satirique que ce journal) « et Coulibaly » (par le fait qu’il se sent traqué depuis plusieurs années comme un terroriste par le pouvoir en place et les médias mainstream, alors que Dieudonné n’est qu’un saltimbanque dissident). Relisons d’ailleurs le communiqué très explicite que Dieudonné a rapidement publié suite à cette polémique orchestrée :  « Depuis un an, je suis traité comme l'ennemi public numéro 1, alors que je ne cherche qu'à faire rire, et à faire rire de la mort, puisque la mort, elle, se rit bien de nous, comme Charlie le sait hélas. Dès que je m'exprime, on ne cherche pas à me comprendre, on ne veut pas m'écouter. On cherche un prétexte pour m'interdire. On me considère comme un Amedy Coulibaly alors que je ne suis pas différent de Charlie ».

Les animateurs des médias illégitimes, de télé ou de presse écrite, répètent souvent à l’envi que Dieudonné a été condamné plusieurs fois, et qu’à ce titre il ne serait plus acceptable comme comique. Mais alors, que dire de Charlie hebdo, ce journal tant défendu par nos chers démocrates médiatiques et politiques depuis deux semaines, et qui a pourtant subit une cinquantaine de procès en 20 ans avec au final une condamnation effective par le tribunal dans 19% des cas (source AFP, 08/01/15) ? Outre le fait qu’un individu qui a purgé sa peine doit être considéré comme un citoyen à part entière, apte à reprendre ses activités dans notre société, il est aussi utile de ne pas oublier qu’un procès, malgré sa nature apparemment dogmatique et « gravée dans le marbre » n’est pourtant pas toujours exempt d’injustices voire d’illégitimité, les exemples étant hélas nombreux dans l’histoire de France (n’est-ce pas accusés d’Outreau ? N’est-ce pas Patrick Dils ? N’est-ce pas Joseph Lesurques/L’affaire du courrier de Lyon ?). A ce titre j’invite toutes les personnes de bonne foi à se pencher de très près sur ces procès attentés contre Dieudonné et qui ont débouché sur des condamnations, afin de les étudier à la loupe en omettant pas de s’informer sur ceux qui les ont institués (associations ou lobbies peu représentatifs), et découvrir ce qui lui est vraiment reproché en tenant compte du contexte national (et, surtout dans le cas de Dieudonné, international) tout en s’instruisant en amont via les médias indépendants du Net (non inféodés au pouvoir en place, donc). Elles tomberont sans doute des nues et comprendront amèrement beaucoup de choses sur le fonctionnement de notre société.


Il faut aussi rappeler à tous nos pseudos « démocrates » médiatiques qui polluent les écrans et les radios de l’hexagone que c’est le peuple qui décide au final qui est humoriste et qui ne l’est pas. Les éditorialistes des grands médias (ou les animateurs d’émissions tels les has-been Laurent Ruquier ou Stéphane Guillon particulièrement prompts à lyncher régulièrement Dieudonné) ont beau rabâcher perpétuellement que celui-ci n’est plus un comique et n’est même plus rien, il s’avère que ce n'est pas l’avis d’une grande partie des français pour qui il reste le plus grand humoriste du pays. N'oublions jamais que cet artiste de one-man-show reste celui qui vend le plus de billets de spectacle, avec un succès monumental qui ne s’est jamais démenti depuis 10 ans, toutes ses salles étant pleine à craquer en dépit d’un contexte médiatique général lui étant toujours hostile (d’où la probable jalousie du sieur Guillon qui malgré sa surmédiatisation télévisuelle ne fait pas rire grand monde). D’ailleurs on me pardonnera ce cri du cœur : honte à tous ces médias laveurs de cerveaux ne représentant qu’eux-mêmes, aux ordres des puissants et des banquiers, et qui passent leur temps à manipuler l'opinion sans trop de problèmes de conscience. Etant néanmoins défenseur de la liberté d’expression comme vous l’aurez compris, je suis tout à fait favorable (même si, en ce cas précis, cela me coûte) à ce que ces charlots continuent à vendre leurs salades avariées.

Cette affaire a démontré une fois de plus que, concernant la liberté d’expression dans la république française, il y avait un « deux poids deux mesures ». Une liberté d’expression à deux vitesses. Cloisonnée. Sélective (très). Préservant d’honteux tabous dignes d’une république bananière.

CAR RAPPELONS-LE :

 LA LIBERTÉ D’EXPRESSION DOIT ÊTRE UNE ET INDIVISIBLE
SINON ELLE N’EXISTE PAS.


Une république qui valide sans ambages autant de restrictions à la liberté d’expression ne peut être qualifiée de démocratie. Car il ne peut exister de tabous et de censures dans une démocratie qui revendique cette liberté. Partant de ce postulat, force est de constater que la France n’est pas (ou plus) la démocratie qu’elle prétend être, puisqu’elle cautionne cette aberration. 

D’ailleurs Amnesty International, célèbre ONG défendant les droits de l’homme et le respect de la déclaration universelle des droits de l’homme depuis 1961, ne s’y est pas trompée en condamnant le 16 janvier dernier la France et ses inénarrables Christiane Taubira ministre de la justice, Bernard Cazeneuve ministre de l’intérieur, et Manuel Valls premier ministre pour sa dérive judiciaire et autoritaire (notamment concernant Dieudonné) : 

Extrait du texte d’Amnesty International en anglais : « Besides the highly publicized case of comedian Dieudonné M’bala M’bala, examples of cases include a man shouting in the street “I am proud to be a Muslim, I do not like Charlie, they were right to do that”, as well as an intoxicated man who, upon his arrest for drunk driving, allegedly told the police “there should be more Kouachi; I hope you will be next. Another case involves a 21-year-old who was caught without a ticket on a tram, and subsequently sentenced to 10 months in prison for allegedly saying, “The Kouachi brothers is just the beginning; I should have been with them to kill more people.” A number of cases have already been prosecuted and led to convictions under an expedited procedure. » (lire la suite sur le site d’Amnesty international ici).

En français via l’article de la rédaction du site SaphirNews :


« Apologie du terrorisme » : Amnesty dénonce la dérive de l'Etat français (16/01/15)
Près de deux semaines après les attentats terroristes perpétrés sur le sol français, Amnesty International a estimé, vendredi 16 janvier, que les 69 arrestations répertoriées pour « apologie du terrorisme » présentent le risque de violer la liberté d’expression. Dans un communiqué diffusé en anglais, l’ONG s’inquiète d’une dérive judiciaire, jugeant la notion d’« apologie du terrorisme », telle que définie par la loi de novembre 2014, trop vague. « L’heure n’est pas à l’ouverture de procédures inspirées par des réactions à chaud, mais bien plutôt à la mise en place de mesures réfléchies qui protègent des vies et respectent les droits de tous », note le communiqué. Après avoir évoqué le cas Dieudonné, Amnesty International cite des exemples de propos ayant fait l’objet d’une inculpation : « Je suis fier d’être musulman, je n’aime pas Charlie, ils ont eu raison de faire ça », ou encore le cas d’un chauffeur, qui a déclaré aux policiers qui le contrôlaient alors qu'il était ivre : « il devrait y avoir plus de Kouachi, j’espère que vous serez les prochains. » L'organisation appelle l'Etat français à faire un meilleur tri entre les cas qui tomberaient sous le coup de la justice et les autres car « le risque est grand que ces arrestations violent la liberté d'expression… » (lire la suite sur le site SaphirNews ici)  


« JE NE SUIS PAS D’ACCORD AVEC CE QUE VOUS DITES, MAIS JE ME BATTRAI POUR QUE VOUS AYEZ LE DROIT DE LE DIRE ».
 VOLTAIRE
 (citation apocryphe du philosophe mais conforme à sa doctrine).


LE BAL DES TARTUFFES  Ce sont trois lois adoptées entre le 29 juillet 1881 pour la première et le 13 juillet 1990 pour la dernière (la pire de toutes) qui furent les fossoyeuses de la liberté d’expression en France, et donc, par extension, de notre république démocratique. La première, d’apparence anodine, laissait encore une certaine liberté à la presse écrite tout en lui refusant notamment le droit à l’offense et la diffamation envers la classe politique et le chef de l’état. En cette fin du 19e siècle nos élites songeaient déjà à s’auto-protéger, ce qui ne laissait présager rien de bon concernant la liberté d’expression dans le futur. La deuxième loi du 1er juillet 1972 durcira un des éléments de la loi de 1881 concernant la « diffamation raciste » en créant le délit « d’injure raciste », nouveauté ayant l’apparence du bon sens, mais l’apparence seulement, tant elle constituera une véritable boite de pandore et un prétexte exponentiel pour museler la parole dissidente (chacun sachant bien ici que l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions).

La dernière fissure, immense et fatale, dans le socle de la liberté d’expression en France fut la création de la reine des lois mémorielles, cette loi Gayssot du 13 juillet 1990 dont l’apport principal constitué par l’article 9 proposa d’interdire à quiconque de contester la réalité ou l’étendue des crimes contre l’humanité tels que définis dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg en 1946, principalement la Shoah. Cette loi, basée sur les comptes-rendus d’un tribunal non-civil constitué de vainqueurs jugeant leurs ennemis vaincus (!!!), a rendu impossible une recherche historique approfondie sur la deuxième guerre mondiale en instituant une « vérité officielle » obligatoire transformée par la force des choses en véritable dogme, voire religion, qu’on ne peut contester sous peine d’être condamné à de la prison ferme. Un comble quand on songe que la recherche historique se doit de conserver en permanence sa nature scientifique, d’essence « révisionniste » en ce sens qu’elle se réécrit, se modifie et s’ajuste régulièrement en fonction des recherches et trouvailles nouvelles effectuées par la communautés des historiens. Rappelons ici le mot de Max Gallo, ancien ministre socialiste et parrain de SOS Racisme, à propos de la loi Gayssot : « Pour l'historien, il n'est pas admissible que la représentation nationale dicte « l'histoire correcte », celle qui doit être enseignée. ».


Or, en permanence dans les médias mainstream, on a pu constater une épidémie de schizophrénie inquiétante découlant de cette juridiction d’apprentis sorciers, les éditorialistes nous rappelant à l'envi que la liberté d’expression se devait de n’être pas totale, mais encadrée, saucissonnée, fragmentée, et que cela était bien. Tous se félicitaient que cette liberté d’expression soit naturellement soumise à des restrictions précisées dans l’alinéa 2 de l’article 10 de la convention européenne des droits de l’homme de 1950, telles que le racisme, le négationnisme, l’apologie de la violence, (etc.). Et que cela était bien et bon. Mais tous ces patte-pelus se gardent bien de rappeler la jurisprudence n°5493/72 du 7 décembre 1976 de la Cour européenne des droits de l'homme qui précise que « …la liberté d'expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de « société démocratique ».

Des idées ou informations qui heurtent, choquent ou inquiètent. Voilà, tout est dit. Ce sont les conditions d’une liberté d’expression réelle, pas celle émasculée et dévitalisée dont nous abreuvaient nos politiciens/journalistes lors de ces jours d’effroi. 

Ainsi leur liberté d’expression ne prend pas en compte la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme de 1976. Leur liberté d’expression n’est donc qu’une grosse arnaque, une vue de l’esprit, une manière obscène de se moquer de la liberté. Un non-sens intellectuel.

« Oyez, gens du peuple, nous, élites et chantres de la liberté d’expression, nous ne tolérons aucuns tabous ! Vous avez donc le droit de tout dire… à part les 400 restrictions suivantes... ». 

Eh oui, nous en sommes là. Quel ridicule. Voltaire s’en retourne dans sa tombe, et l’esprit français n’est plus qu'un lointain souvenir.

Logo du parti nazi américain.
Ce parti est autorisé aux
États-Unis, pays de liberté
 d'expression totale


Que dire donc de tous ces éditorialistes, politiques et chef de l’état français qui ces derniers jours interminablement vantaient les vertus de la liberté d’expression tout en crachant sur Dieudonné l’instant d’après en validant sa mise en examen pour un tweet qu’ils n’avaient même pas compris ? Les mots manquent face à ce tragique naufrage intellectuel de nos chères « élites ». Et on en vient à rêver au premier amendement de la constitution américaine qui garantit une liberté d’expression totale au citoyen. Les fidèles lecteurs de ce blog seront surpris que je cite ici comme un modèle ce pays que je déteste et dénigre pourtant si souvent. Mais il s’avère que le premier amendement est le seul progrès que j’apprécie concernant les USA, et je suis bien obligé d’y faire référence ici, c’est l’occasion ou jamais. Oui, le législateur américain a compris qu’une liberté d’expression totale dans une société démocratique était le garant de sa sécurité sociétale, la parole libérée (même la plus extrémiste) constituant une véritable soupape protégeant des explosions de violence, conséquences d’une parole trop longtemps bâillonnée. Ainsi il s’avère qu’on peut tenir des propos racistes en Amérique. Le ku klux klan y est autorisé, ainsi qu’un parti nazi (qui bénéficie même des services d’un lobbyiste au congrès de Washington). Eh oui, quelle leçon ! C’est le prix à payer pour une véritable liberté. Les américains ont réussi ça, il faut le reconnaître, ce fusible performant destructeur de toutes frustrations génératrices de violences. La société américaine nous a montré là un sain pragmatisme et une indéniable faculté à regarder la réalité en face, loin de l'hypocrisie de notre république française faisandée.  


2 - RÉFLEXIONS SUR LE TRAITEMENT STALINIEN DES MÉDIAS ET DES POLITIQUES CONCERNANT LA MARCHE PARISIENNE DU 11 JANVIER


Pour le gouvernement socialiste et les médias, le million de manifestants à Paris en janvier 2015 c’est LA France, mais le million de manifestants à Paris en mars 2013 ce n’est pas LA France...  Les attentats de janvier qui débutèrent par la tuerie à Charlie hebdo impliquèrent une onde de choc et une indignation importante dans le pays. Du moins c’est ce que l’on peut supposer. Car, après tout, comment mesurer réellement cet impact dans l’opinion publique ? Qu’en sait-on vraiment ? Par le biais des sondages par exemple ? En admettant que ce type de thermomètre de l’opinion publique soit vraiment fiable, ce que les instituts spécialisés nous assurent (pour ma part, j’ai souvent quelques doutes : échantillon peu représentatif, questions orientées ou imposées, etc.). Mais ici, aucuns sondages ne furent proposés, on comprend d’ailleurs aisément pourquoi : ils seraient apparus particulièrement indécents en ces moments d’effroi. Alors quoi ? L’agitation sur les réseaux sociaux ? Ce fut éventuellement un baromètre, le fameux slogan « Je suis Charlie » étant issu d’Internet. Mais était-ce pour autant un aperçu vraiment pertinent de ce qui se passait sur la toile ? On décompte les hashtag, certes, mais sont-ils vraiment tous représentatifs d’une quelconque sincérité personnelle ? De plus, qu’en fut-il du hashtag « Je ne suis pas Charlie » qui ne tarda pas à se répandre lui-aussi, mais dans le silence des médias mainstream qui apparemment ne tenaient pas trop à le relayer, ce qui n’est guère surprenant quand on sait leur aptitude à manipuler et à désinformer.

Finalement il fut décidé que ce serait la grande manifestation nationale du 11 janvier organisée par le gouvernement et sponsorisée par les médias qui ferait office de baromètre officiel.

Généralement, lors de ces grands défilés de manifestants, on dispose de deux chiffres : celui de la police, et celui des organisateurs. Ce dernier est toujours revu à la baisse par les autorités qui préfèrent celui de la police. Mais pas cette fois, puisque les organisateurs et les autorités ne faisaient qu’un. Pas banal, non ? Le chiffre communément avancé est de 1,5 million de personnes à Paris, avec une précision importante : le décompte fut très difficile à faire pour diverses raisons techniques. Bien, bien. On ne tiendra pas rigueur au gouvernement d’avoir voulu organiser une manifestation pour une si noble cause, mais l’honnêteté commande de lui appliquer le même traitement que pour toute autre manifestation de cette nature. D’ailleurs, y a-t-il eu une manifestation de cette importance à Paris ces dernières années ? Oui, ça tombe bien : pas une mais plusieurs, initiées par le collectif du Printemps français, cette Manif pour tous dispatchée sur plusieurs semaines et qui culminera le 13 mars 2013 avec 1,4 million de participants selon les organisateurs (chiffre difficilement contestable quand on voit l’ampleur du rassemblement sur les photos existantes). Pour ce défilé hostile au gouvernement et à l’idéologie dominante des médias, les autorités ne tardèrent pas à minimiser son influence et son impact, réduisant le chiffre de plusieurs centaines de milliers, tout en dénigrant les participants. 

Je veux bien admettre que le chiffre de 1,4 million était peut-être un peu gonflé, et que la sagesse nous impose de l’arrondir à un million, ce qui me parait tout à fait raisonnable. 

Un million de personnes pour la Manif pour tous du 13 mars 2013 donc. Combien de fois n’a-t-on pas entendu les politiciens et les journalistes dire que cette manifestation n’était pas la France, qu’elle n’était pas représentative des français, qu’il fallait la relativiser, etc. Cette mauvaise foi militante (et inquiétante, de par la collusion idéologique flagrante entre les journalistes et le gouvernement) était tellement grossière qu’elle en devenait ridicule.

Avec cette manifestation du 11 janvier comptabilisant 1,5 million de participants selon les organisateurs (c’est-à-dire l’état), à laquelle on aura logiquement infligé le même traitement statistique que pour la Manif pour tous (à savoir un arrondissement raisonnable à un million de personnes, ce qui les place toutes deux à égalité), voici pourtant que, par un tour de magie magistral dont les élites ont le secret, cette manif incarnerait cette fois LA France. Représentative DES français, et de TOUTE la population. Je n’exagère rien : il suffisait de zapper sur toutes les chaines lors de cette journée du 11 janvier puis lire la presse écrite pour retrouver systématiquement et en permanence la même formule : « C’est TOUTE la France qui défile ici, ce sont TOUS les français qui se retrouvent là ! ». Étonnant, non ?

Les études démographiques récentes nous apprennent qu’au 1er janvier 2015 nous étions 64,2 millions de personnes habitant en France métropolitaine. Je ne suis plus très bon en maths, mais je pense quand même que mon calcul suivant est correct : 64,2 millions moins 1 million cela fait grosso merdo 63,2 millions. Si on pense à soustraire les 3 millions qui soi-disant défilaient aussi en Province (par charité nous n’aurons pas appliqué ici le traitement statistique de réduction cité plus haut), on obtient 60,2 millions de personnes restantes qui ne défilaient pas le 11 janvier dernier, et dont on ne sait rien concernant leurs pensées profondes consécutives à ces événements tragiques. Tout juste peut-on supposer qu’une majorité de français est hostile au terrorisme, et qu’elle tient à la liberté d’expression (mais laquelle ? La vraie ?). Rien d’autre.

LO ENTIENDES, MÉDIAS-MENSONGES ? 


Manifestation du 11 janvier 2015 à Paris - Un million de personnes - 
Pour les médias et le gouvernement ce sont les français qui s’expriment...

Manifestation du 24 mars 2013 à Paris - Un million de personnes - 
Pour les médias et le gouvernement ce ne sont pas les français qui s’expriment...


À nouveau donc, l’observateur de bonne foi aura pu voir à l’œuvre la décadence des médias officiels, leur propension à instrumentaliser les faits, leur donner le sens qu’ils veulent, cherchant à manipuler les esprits en connivence avec les autorités en place, le tout dans une indécence sans limite. Car la seule attitude digne de ces télévisions « d’information » lors de ce jour de recueillement aurait été le silence et la dignité de l’effacement. Retransmettre la manifestation en direct, mais sans commentaires, sans bourrages de crâne, sans propagande mensongère. Les gens qui défilaient ce jour-là dans Paris ne représentaient pas plus la France que ceux qui marchaient en nombre lors de la Manif pour tous (n’en déplaise au gouvernement et son chef de l’exécutif à 19% d’opinions favorables qui voyait peut-être là une bonne occasion de redorer son blason en profitant d’un engouement populaire), ils ne représentaient qu’eux-mêmes, ce qui est déjà bien, et fort respectable. Tout le reste n’est que (mauvaise) littérature et manipulation médiatique pathétique. Les faits ont depuis montré (via le Net notamment) la fracture importante qui existe dans le pays concernant les événements que nous venons de vivre. 




ANNEXE

Ci-dessous quelques Unes de Charlie hebdo, ce journal satirique tant défendu depuis le 7 janvier par les médias et les politiques de tous bords. Unes que même Dieudonné, au plus profond de ses provocations concernant le sionisme ou les juifs, aurait probablement hésité à faire. Chantres de la liberté d’expression qui vous écriez « Je suis Charlie » tout en condamnant Dieudonné, êtes-vous aussi solidaires de ces Unes ? Et si oui, arrivez-vous à vous regarder dans une glace après autant de contradictions dans votre raisonnement ?


CHARLIE HEBDO N°367 DU 24 NOVEMBRE 1977


 CHARLIE HEBDO N°416 DU 02 NOVEMBRE 1978


CHARLIE HEBDO N°418 DU 16 NOVEMBRE 1978


CHARLIE HEBDO N°375 DU 19 JANVIER 1978
EN RÉFÉRENCE AU MEURTRE SAUVAGE D'UN COUPLE
EN JANVIER 1978. PRÉMONITOIRE ?




2 commentaires:

OX Jerry a dit…

Je salue comme il se doit ce brillant raisonnement. Bien entendu que l'on ne peut pas toujours cautionner tout ce que dit Dieudonné tout comme ce que publie depuis des années Charlie Hebdo), mais la liberté d'expression tant défendue (bien vu le distinguo entre les deux événements ...)est ici bien malmenée et , je me souviens de l'interdiction du spectacle "le mur" du même Dieudonné en janvier 2014 ou , Manuel Valls avait (une fois de plus) fait du zèle pour protéger son lobby si précieux et avait montré les crocs sur toutes les chaines de TV et de radios pour dire comment (à ses yeux) cet humoriste (on parlait alors de polémiste ) avait cessé depuis longtemps d’être drôle.

Je ne défends pas ici Dieudionné qui ne me fait pas toujours rire et qui aime à jouer les victimes MAIS il a le droit de le faire et je suis révolté (comme vous) par cette situation ou l'on peut dire qu'il y a deux poids deux mesures. Les Unes de Charlie Hebdo que vous présentez en fin d'article sont aussi choquantes que certains propos de Dieudonné et elles ne font pas (ou plus ) polémiques. Il est important et capital de rire de tout , c'est ce qui distingue une dictature d'une véritable démocratie ...la France en est elle encore une?

Christian Larcheron a dit…

À la fin des années 70, ces unes de Charlie hebdo n’ont à ma connaissance choqué personne. N’oublions pas cependant qu’elles étaient en devanture des kiosques et que tout le monde pouvait les voir sans l’avoir désiré. Ce qui n’est pas le cas avec Dieudonné, dont les propos sont tenus dans le cadre d’un spectacle au cœur d’une salle fermée face à des gens qui ont décidé de leur plein gré d’y assister. Nuances. Dans un spectacle, tous types de propos devraient pouvoir être tenus, les spectateurs (et eux seuls) décidant s’ils apprécient ou pas.

Le rétrécissement toujours plus important des libertés publiques donne une idée de la décadence exponentielle de notre pays, due aux élites politiques et médiatiques illégitimes qui se sont succédées depuis 40 ans. Non, la France n’est plus une démocratie, mais les gens ne s’en rendent pas encore massivement compte car ce totalitarisme d’un genre nouveau frappe pour le moment certaines catégories de la population, dans des cas bien spécifiques. Cette dictature n’est pas d’essence militaire (pas besoin, puisque c’est le judiciaire, sous le regard cynique de l’état, qui se charge de faire régner la terreur contre tous les dissidents et les empêcheurs de tourner en rond). Nous sommes donc face à un concept nouveau, très paradoxal : une démocratie totalitaire. Une sorte de république dictatoriale. Pas banal, et inquiétant. Tout cela ne laisse présager rien de bon.

Merci pour le passage.