samedi 4 janvier 2014

Propos incroyablement prophétiques de l’écrivain Marguerite Duras en septembre 1985 sur la condition de l'être humain à partir de l'an 2000.






















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Marguerite Duras et son phrasé unique, inimitable, indispensable (durée 4 mm11)


LE JOURNALISTE : Les hommes ont toujours eu besoin de réponses. Même si un jour elles s’avèrent fausses, ou seulement provisoires. Alors en l’an 2000 où seront les réponses ?

MARGUERITE DURAS : Il n’y aura plus que ça. La demande sera telle qu’il n’y aura plus que des réponses. Tous les textes seront des réponses, en somme. Je crois que l’homme sera littéralement noyé dans l’information, dans une information constante. Sur son corps, sur son devenir corporel, sur sa santé, sur sa vie familiale, sur son salaire, sur son loisir. C’est pas loin du cauchemar. Il n’y aura plus personne pour lire. Ils verront de la télévision. On aura des postes partout, dans la cuisine, dans les water-closets, dans le bureau, dans les rues. Où sera-t-on, tandis qu’on regarde la télévision ? On n’est pas seuls.

On ne voyagera plus, ce ne sera plus la peine de voyager. Quand on peut faire le tour du monde en huit jours, ou quinze jours, pourquoi le faire ? Dans le voyage il y a le temps du voyage. C’est pas voir vite, c’est voir et vivre en même temps. Vivre du voyage ça ne sera plus possible. Tout sera bouché. Tout sera investi. 

Il restera la mer, quand même. Les océans. Et puis la lecture. Les gens vont redécouvrir ça. Un homme un jour lira. Et puis tout recommencera. Tout en repassera par la gratuité. C’est-à-dire que les réponses à ce moment-là, elles seront moins écoutées. Ça commencera comme ça, par une indiscipline. Un risque pris par l’homme, envers lui-même. Un jour il sera seul de nouveau, avec son malheur, et son bonheur, mais qui lui viendront de lui-même. Peut-être que ceux qui se tireront de ce pas seront les héros de l’avenir. C’est très possible. Espérons qu’il y en aura encore. Je me souviens avoir lu dans le livre d’un auteur allemand de l’entre-deux-guerres, je me souviens du titre, « Le dernier civil » de Ernst Glaeser : ça, j’avais lu ça. Que lorsque la liberté aurait déserté le monde, il resterait toujours un homme pour en rêver. Je crois… je crois que c’est déjà commencé, même.

Propos de Marguerite Duras sur la chaine de télévision Antenne 2 dans une émission réalisée par Roland Portiche et diffusée le 25 septembre 1985.


RAPPEL



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