vendredi 8 février 2013

« Carrie (au bal du Diable) » : un fascinant film fantastique qui vieillit comme du bon vin.

CARRIE SOURIT / CARRIE VOIT ROUGE
Comme toutes les œuvres en avance sur leur temps Carrie se bonifie avec les années et ne cesse de nous surprendre encore aujourd’hui par sa fantasmagorie et sa pertinence. Ce film qui pendant les premières années de son existence symbolisait la quintessence de la modernité fantastique sur grand écran a au fil du temps étrangement muté pour apparaître de nos jours comme une sorte de singulier manifeste romantico-horrifique que n'aurait pas renié une Mary Shelley sous acide, dimension qui n'était pourtant pas forcément la préoccupation de Stephen King lorsqu'il signa avec Carrie le premier de ses nombreux romans à succès, ni de Brian de Palma quand il décida d'en faire une adaptation cinématographique, entérinant avec ce coup de maître le début d’une carrière prolifique déjà marquée par un succès haut-en-couleur deux ans auparavant (le déjanté Phantom of the paradise). Filmographie très riche, constituée de films variés parfois outranciers (Scarface, Body double, Outrages) ou bien très commerciaux (Les Incorruptibles, L’impasse, Mission to Mars) et souvent très originaux (Furie, Snake eyes, Femme fatale), mais ayant tous sa pâte personnelle, reconnaissable en quelques minutes, et qui doit beaucoup au cinéaste anglais Alfred Hitchcock.

CARRIE (SISSY SPACEK)
LE THÈME  Carrie (Sissy Spacek) est la fille unique de Margaret White (Piper Laurie), une bigote extrémiste et névrosée qui ne vit que par sa passion pour la Bible et le refus de la sexualité. La jeune fille âgée de dix-sept ans est très solitaire et ignorante des « choses de la vie ». Elle aimerait se faire des amies auprès de ses camarades de classe mais ceux-ci la considèrent comme un souffre douleur. Si le proviseur du lycée Mr. Morton (Stefan Gierasch) ne se rend pas compte du calvaire que vit Carrie, la prof de sport Miss Collins (Betty Buckley) semble en revanche percevoir ses difficultés d’adaptation. En outre, Carrie découvre bientôt qu’elle a des pouvoirs de télékinésie. A la suite d’une humiliation provoquée contre Carrie par ses camarades dont les chipies Chris (Nancy Allen, future femme de Brian De Palma) et Susan (la très gracieuse et talentueuse Amy Irving), celles-ci écopent d’une punition collective infligée par Miss Collins. Ulcérée, Chris-la-peste va fomenter une vengeance à l’occasion du bal de fin d’année. Sans se douter un seul instant de la puissance destructrice des réactions surnaturelles dont Carrie peut faire preuve lorsqu’elle est humiliée. 

« ILS SE MOQUERONT TOUS DE TOI ! » (...disait Margaret White, la mère de Carrie)

BRIAN DE PALMA EN 1976
Brian de Palma a ici réussi le pari de révolutionner le genre fantastique/gothique en prenant le temps de nous raconter une histoire avec de vrais êtres de chair et de sang, empêtrés dans leur complexité, dans leur humanité ou leur absence d'éthique, sans négliger une narration captivante et envoûtante, s'autorisant des moments de poésie et de comédie, pour finalement atteindre d'impressionnantes explosions de violences surnaturelles trop longtemps contenues. C’est aussi une peinture peu reluisante de l’Amérique post-hippies, et une sorte d’hallucinante allégorie de la jeunesse à venir : celle déboussolée par le délétère tournant idéologique de la fin des seventies (où seront progressivement abandonnés les idéaux humanistes revendiqués dans les années 60 et 70) et qui cherchera à devenir la génération yuppie des années 80 artificielles, c’est-à-dire le gros de la troupe des jeunes cadres cyniques et branchés adeptes d’un capitalisme financier inégalitaire et destructeur dont l’amoralité semblera sans limites (encore en cours de nos jours). 

Carrie a aussi contribué, de part sa richesse artistique et technique, à l'évolution inédite d'un genre cinématographique parfois trop balisé et conservateur, avec cette impérieuse volonté d'un traitement innovant mais malgré tout respectueux de formes et de codes déjà existants. Plans-séquences mémorables et vertigineux, scènes d'anthologie (on oubliera jamais celle du bal de fin d'année, et la virtuosité de son montage), split-screen surprenants, utilisations de lentilles d'approche produisant des prises de vues cocasses et diablement fascinantes, on ne compte plus les avancées technologiques recelées dans Carrie. Depuis la première sortie en salle du film il y a maintenant 36 ans, la beauté étrange et diaphane de l'actrice débutante Sissy Spacek n’aura cessé d’imprégner profondément notre imaginaire. Sa fragilité émouvante s'imposant au fil de multiples visionnages nous a finalement convaincus que nous étions tous un peu Carrie et que nous avions tous un jour ou l'autre plus ou moins vécu son déchirement, son exclusion, son dépit face à la bêtise et la méchanceté de la masse. 


LA PETITE CARRIE, AU BOUT D’UN MOMENT, FAUT QUAND MÊME PAS TROP L’EMMERDER...

Ce long-métrage est devenu rapidement un classique et a été un grand succès critique puis commercial (près de 34 millions de dollars au box-office pour un budget initial de 1 800 000 de dollars). Sortant en janvier 1977 dans le cadre du festival international du film fantastique d’Avoriaz il y gagna le grand prix, et connut une bonne audience dans l’hexagone lors de sa sortie officielle le 22 avril 1977. Sissy Spaceck obtint à Hollywood l’Award de la meilleure comédienne et fut deux fois nominée aux oscars pour sa prestation dans le rôle-titre. Piper Laurie quant à elle fut nominée à l’Oscar et au Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation de cette mère hystérique et pathétique consumée par le péché.

Audacieuses scènes de nus dès le générique. Pour l'époque c'était culotté. Si j'ose dire.


L'édition DVD collector éditée en France le 24 octobre 2001 fut heureusement à la hauteur du film : les menus animés y sont particulièrement soignés, fascinants et esthétiques. Trois langues sont disponibles en audio (anglais, français, italien) ainsi que quatre sous-titres (français, italien, hollandais, anglais), enfin les bonus sont nombreux et passionnants (Visualiser Carrie : documentaire de 41 minutes, Jouer Carrie : documentaire de 42 minutes, Chanter Carrie : reportage de 6 minutes, une galerie de photos animée, un livret de 8 pages, et la bande annonce ainsi qu'une biographie de Stephen King). 
On attend avec impatience une édition en haute définition avec un Blu-ray providentiel qui donnera surement une passionnante nouvelle lecture de ce petit bijou indémodable. Le Blu-ray correspondant à la région USA/Asie (A) est sorti en octobre 2008, mais on espère toujours celui concernant notre région (B : Europe/Afrique) qui devrait être accompagné pour l’occasion d’une remastérisation et d’une restauration dignes de ce nom. Mon home cinéma 5.1 se tient prêt dans ses starting-blocks pour cette heureuse éventualité.




   


CARRIE (AU BAL DU DIABLE) - BANDE-ANNONCE



CARRIE (AU BAL DU DIABLE)
Réalisation : Brian de palma 
Avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, John Travolta, Nancy Allen, Betty Buckley, P.J. Soles
Scénario : Lawrence D. Cohen (D'après Stephen King)
Photographie : Mario Tosi
Montage : Paul Hirsch
Musique : Pino Donaggio
Durée : 1H38mn 
Sortie en salles le 3 novembre 1976 aux États-Unis
 et en avant-première française pour le Festival international du film fantastique d'Avoriaz en janvier 77. 
 Sortie nationale officielle le 22 avril 1977. 
Disponible en DVD zone 2 depuis Octobre 2001



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