dimanche 2 janvier 2011

Le poético-réaliste « Lilya for ever », jalon de choix dans la famille nombreuse du cinéma intimiste, est à voir impérativement si l’on aime les œuvres courageuses faisant constat de la dureté du monde.




Lilya for ever (Lilja 4-ever) est une œuvre magnifique, très dure et désespérée. Un véritable coup de poing dont on ne sort pas indemne et en comparaison duquel le Rosetta des frères Dardenne ferait presque figure de conte de fées. Au-delà du thème central d'un amour déçu amenant une très jeune fille à la prostitution forcée, via un réseau quasi-mafieux, le film dresse surtout un constat effroyable de ce qui reste de l’ex-Union Soviétique, et pousse un cri d'alarme sur la dégénérescence de nos sociétés européennes, ici la Suède. 

SYNOPSIS  Lilya est une jeune adolescente vivant dans une banlieue triste de l’ex-Union soviétique. Elle est très attachée à sa mère mais celle-ci, bien trop préoccupée par la précarité de leur vie, peine à lui offrir l’attention chaleureuse qu’elle désire. L’adolescente traine avec les enfants du quartier et se prend rapidement d’affection pour Volodia, un jeune garçon d’une dizaine d’années à la maturité étonnante. La mère de Lilya décide abruptement de partir avec son amant pour tenter sa chance aux Etats-Unis et confie sa fille à sa tante qui ne l’aime guère, en promettant de venir la reprendre une fois leur situation financière stabilisée. Mais le temps passe, sans nouvelles ni argent venant de la mère. L’adolescente commence à croire qu’elle a été abandonnée à son triste sort et erre dans les terrains vagues près de tours HLM tout en exorcisant sa tristesse comme elle peut, aidée par la sincère amitié de Volodia. Mais bientôt Lilya fait une rencontre inespérée en la personne du bellâtre Andréï qui lui offre son amour et lui propose de partir vivre en Suède. En acceptant de quitter ce lieu de tristesse elle doit laisser Volodia derrière elle mais, de fait, reproduit envers lui le même abandon cruel et la même trahison que sa mère lui a infligé auparavant, dilemme qui la laisse totalement déchirée. Mais ce qu’elle ne sait pas encore c’est la véritable occupation d’Andréï : celle d’un rabatteur proxénète sans scrupules chargé de contraindre des jeunes filles à la prostitution en Europe. L’enfer ne fait que commencer pour la jeune sacrifiée.

VOLODIA (ARTYOM BOGUCHARSKY) ET SON AMIE LILYA (OKSANA AKINSHINA)

Le réalisateur suédois Lukas Moodyson réalise ce brulot en 2002, l’année de ses 33 ans, soit l’âge du calvaire du Christ sur le mont Golgotha selon la Bible (image audacieuse particulièrement bien en adéquation avec un film dont le parcours terrestre de l’héroïne s’apparente à un véritable chemin de croix). En ce début du nouveau millénaire Moodyson n’est déjà plus un inconnu pour les cinéphiles, il a à son actif une poignée de court-métrages ainsi que deux longs, Fucking Amal et Together. Le premier, sorti en 1998 fut un succès critique et public. Il se penchait déjà sur le destin de jeunes adolescents un peu désœuvrés dans une ville paumée de Suède qui découvrent l’amour, et la foi en la vie qu’il suscite souvent à cet âge. Les jeunes comédiens y sont déjà d’une fraîcheur et d’une justesse tout à fait confondants. Lilya for ever est lui-aussi porté par une prodigieuse et très jeune actrice au look de femme-enfant, la russe Oksana Akinshina totalement déchirante de sincérité et qui a dû se faire violence pour tourner certaines scènes éprouvantes.


Le mélange des séquences oniriques avec celles d'essence « réalisme social pur et dur » fonctionne parfaitement et surprend souvent le spectateur rivé sur son trop confortable fauteuil (qu’il voudrait pourtant souvent quitter pour prendre ses jambes à son cou, au vu des désespérances implacables dépeintes par Moodyson). Malgré son âpreté le film reste curieusement poétique et laisse une impression partagée dans la tête du spectateur, entre totale déprime et sérénité. Car le réalisateur particulièrement impliqué et inspiré ne tombe jamais dans l’outrance et la répétition de scènes trop glauques, il arrive au contraire à oxygéner son récit via de très courtes séquences oniriques dont la tendresse et l’humanité s’apparentent à d’indispensables oasis salutaires. On sort finalement de cette œuvre cinématographique majeure secoué, bouleversé, mais aussi un peu apaisé par l'idée que l'âme de Volodia et Lilya se retrouveront dans la joie et la liberté, et survivront pour l'éternité. Ne pas sortir de ce film totalement abattu et moralement atomisé n'est pas le moindre des paradoxes. Lilya for ever a été récompensé par de très nombreux prix : celui de la meilleure actrice pour Oksana au festival international du film de Stockholm ainsi qu’au festival du cinéma nordique de Rouen et à celui de Gijon en 2002.  Un Grand prix des Asturies et un Prix spécial du jury pour Lukas Moodysson ainsi qu’un prix de la meilleure photo, un prix de la meilleure réalisation et un prix du meilleur scénario au Ulf Brantas de Suède. Et un Guldbagge Award en 2003 (l’équivalent de nos César) pour Oksana Akinshina, prix de la meilleure actrice, et quatre autres trophées : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure photographie.


LILYA À LA FIN DE SON PARCOURS (OKSANA AKINSHINA)


LILYA FOR EVER
Réalisation : Lukas Moodysson
Avec Oksana Akinshina, Artyom Bogucharsky, Lyubov Agapova, Tomasz Neuman, Tonu Kark, Liliya Shinkaryova, Elina Benenson, Pavel Ponomaryov.

Scénario : Lukas Moodysson
Photographie : Ulf Brantas
Montage : Michal Leszczylowski, Oleg Morgunov, Bernhard Winkler
Musique : Nathan Larson
Production : Lars Jönsson, Tomas Eskilsson, Gunnar Carlsson 
Durée : 1H49mn
Sortie en salles le 16 avril 2003 en France
Disponible en DVD zone 2 depuis février 2006


BANDE ANNONCE OFFICIELLE DU FILM


ATTENTION, CLIP RÉSUMANT L'HISTOIRE (NOTAMMENT LA FIN)...



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