samedi 24 décembre 2016

LE JOURNAL DE TINTIN N°50 SPÉCIAL NOËL DU 26 DÉCEMBRE 1957 (ÉDITION BELGE) + 6 VIDÉOS FLEURANT BON LES TRENTE GLORIEUSES : la joie des enfants de 1948 pour les jouets de Noël + les vitrines de Noël 1954 + Twist et coiffures en vrac pour Noël 1961 + Noël à Saint-Germain des prés en 1951 + La préparation de Noël avec Marthe Mercadier et Paul Bocuse en 1976 + Jean Gabin et Michel Audiard pour la première fois en tournage à la télé à l’occasion du réveillon de Noël 1960 (Les Trente Glorieuses - Segment 10).


JOYEUX RÉVEILLON DE NOËL 2016 !



Près d’un an après la publication de mon dernier article je reviens sur ce blog pour célébrer ce réveillon de Noël 2016 en proposant à nouveau des extraits d’un numéro de Noël du journal de Tintin emblématique des Trente Glorieuses. Où l’on pourra admirer le trait d’Hergé via une planche de Coke en stock lors de sa parution en avant-première ou via le beau dessin qui fit office de couverture, ainsi que ceux du calendrier pour 1958. Mais particulièrement aussi les pages bien sympathiques signées TibetFranquin ou Peyo (scan en haute définition réalisés par mes soins d’après mon exemplaire). S’ajoutera à cela quelques vidéos d’archives ludiques de l’INA évoquant Noël en ces années d’espérance et d’abondance.

Outre l’effet nostalgique procuré de nos jours par leur consultation, on restera frappés en songeant à quel point ces journaux de BD, tels que le journal de Tintin ou le journal de Spirou (mais aussi les petits formats comme Capt’ain SwingBlekMister No, Janus Stark, Lancelot ou encore Ivanhoé), furent fédérateurs pour plusieurs générations d’enfants, d’adolescents, et même d’adultes (la fameuse tranche « de 7 à 77 ans »), procurant des plaisirs simples et sains dans une époque où le champ des loisirs était plutôt réduit. Il n’y avait pas Internet, ni de portables, ni d’ordinateurs, pas même de lecteurs DVD (ou même de magnétoscopes, qui n’apparurent qu’au début des années 80). Les journaux de BD apportaient pour pas cher une bonne dose d’humour, d’évasion, parfois de réflexion, impliquant aussi un rapport quasi fétichiste avec l’objet lui-même : la magie des pages qui s’enchaînent en dévoilant des mondes inconnus, l’odeur enivrante de l’encre et du papier, sa texture. Tout ce que les technologies numériques d'aujourd'hui ne peuvent plus nous donner, de par leur immatérialité. Et par l’indécente débauche d’argent qu’elles impliquent, qu’elles génèrent.




Absent de mon blog depuis un an suite à quelques problèmes de santé que j’ai réussi à surmonter, mais aussi suite au dégoût de plus en plus prononcé que me procure notre époque, son hystérie, sa vulgarité, sa décadence - toutes choses qui incitent au retrait - et suite enfin à la violence des attentats à laquelle nous sommes maintenant confrontés durablement (conséquences directes des décisions irresponsables de nos dirigeants en matière de politique internationale notamment), je me devais pourtant de revenir pour Noël, fête du renouveau, qui m’est chère en tant que païen célébrant les vraies origines de cet événement, celles antérieures au christianisme.

Durant ces 12 mois où je n’ai rien publié sur ce site j’ai constaté avec surprise que l’audience du blog n’avait pas chuté pour autant, bien au contraire. Elle a globalement doublé, en particulier ces dernières semaines, ce qui fut une source d’étonnement pour moi, d'autant que je n'ai aucun lien Facebook ou Twitter associés. J’ai pu aussi constater que les messages d’internautes n’ont pas cessé, et venant de personnes que je ne connais pas dans la plupart des cas, ce qui est une satisfaction car cela prouve que le blog touche une vraie diversité de gens.

Cette longue période de retrait m’a permis de réfléchir au sens et à l’orientation que devrait avoir ce blog. Il n’est donc pas impossible que, dans les jours ou les semaines à venir, ce site Une seconde, et l’éternité soit le théâtre de plus ou moins profonds bouleversements et modifications, sur la forme comme sur le fond. Un nettoyage de Printemps pour le moins. Un reformatage de la matrice.
Mais rien n’est sûr. 
Qui vivra verra. 
À bientôt (comme on dit dans ces cas là)…





13 PAGES DU JOURNAL DE TINTIN N°50 SPÉCIAL NOËL
 DU 26 DÉCEMBRE 1957 (ÉDITION BELGE)
+ 6 VIDÉOS INA 1948-1976



Noël 1948. Choix épineux des cadeaux pour les enfants. Document émouvant lorsqu'on songe qu'il fut tourné seulement 3 ans après la fin de la guerre. (01min 43s).




Les vitrines de Noël dans la ville en 1954... Eh oui, la cohue. Déjà. (Document muet, et il nous semble pourtant qu'on entend distinctement les cris des enfants et le brouhaha de la foule. 03mn 52s).




Twist, salon de coiffure gratis et petits fours pour le réveillon de Noël 1961. Document hilarant. (01min 45s, avec quelques instants sans son, qui rajoutent encore de l’étrangeté à la chose).

Les gars, pour le concours Tintin ci-dessous, on a jusqu'au 15 janvier 1958 pour renvoyer le formulaire. On est donc en retard de presque 59 années. Diantre !


Noël 1951 à Saint Germain des Prés : le Père Noël flanqué des Rois Mages et de la Vierge Marie déambule dans le quartier à partir de la place Saint Sulpice, distribuant jouets et attrape-caries aux enfants médusés. (Document muet, 01min 48s).




Réveillon de Noël 1976. La styliste Primerose Bordier donne quelques conseils pour dresser une table de Réveillon tandis que l’espiègle Marthe Mercadier et l'incontournable Paul Bocuse nous détaillent la recette de la dinde aux marrons. À des années-lumière des émissions de cuisine de la télé bling-bling d'aujourd'hui. (29min 42s).


Un Modeste et Pompon signé André Franquin, excusez du peu...

Eh oui, on pensait déjà à un téléphone sans fil dans le journal de Tintin dès 1957, des décennies avant le portable...

À l'occasion du réveillon de Noël 1960 Jean Gabin et Michel Audiard ont accepté pour la première fois de tourner pour la télévision une petite séquence humoristique réalisée par Frédéric Rossif. (05min 14s).




BONNES FÊTES DE FIN D'ANNÉE AUX LECTEURS DU BLOG
ET À BIENTÔT EN 2017 (SI TOUT VA BIEN) POUR UNE REFONTE PARTIELLE OU PLUS PROFONDE DE CE SITE ...

jeudi 31 décembre 2015

C’est avec une joie non dénuée d’impatience que l’on dira ce soir un adieu sec à 2015 qui sans l’ombre d’un doute FUT VRAIMENT UNE ANNÉE DE MERDE. L'on trouvera ici en bonus cinq vidéos nous rappelant le bon temps des Trente Glorieuses: jour de l'an 1947, jeunes filles sur la plage + réveillon 1963, strip-tease décalé de Liliane Montevecchi + réveillon 1957, sketch de Roger Pierre et Jean Marc Thibault + réveillons 1975 et 1977, beauté et meilleure santé. (Les Trente Glorieuses - Segment 8). Et autre bonus avec le « I wanna be a rock roll star » de la chanteuse nippone Mai Fukui.


Tout d’abord je fais amende honorable, la honte aux joues, et la grosse boule dans la gorge : il n’y a pas eu cette année d’article commémorant Noël sur UNE SECONDE, ET L’ÉTERNITÉ. C’est la première fois que ça arrive en 5 années d’existence et je n’en reviens toujours pas. Quand on sait à quel point j’attache de l’importance à cette fête d’origine païenne (l’ayant rappelé chaque 24 décembre ici-même à l’occasion du réveillon à venir - pour ceux qui ne connaissent pas ce blog, voir le lien NOËL FOR EVER dans la catégorie RUBRIQUES à gauche - ), la chose semble incompréhensible voire choquante. C’est même presque un crime à l’échelle de la planète. Si. Certes, on peut considérer que ma page NOËL PAGANISTE située sur la barre d’accueil du blog et consultable facilement à toute heure du jour et de la nuit, 365 jours par an, suffit par sa pertinence et sa permanente présence à excuser ce genre de manquement. Mais tout de même. Que cela ne se reproduise plus !  
      
Il faut cependant savoir que votre serviteur a un cœur comme tout le monde, et peut-être même une sensibilité un chouia au-dessus de la moyenne, ce qui implique qu’il reste très perméable aux aléas de la vie et à la folle marche d’un monde qui à l’évidence continue sa décadence programmée et son cheminement sur l’autoroute de l’extinction pure et simple. Et parfois cette perméabilité amène au découragement. Rien à voir donc avec un éventuel manque d’inspiration (les sujets que je veux traiter sur ce blog sont au contraire tellement nombreux et variés qu’ils se bousculent dans ma tête en faisant un boucan d’enfer). Mais l’aberrant spectacle de la violence quotidienne (chômage de masse monstrueux et exponentiel, attentats et guerres un peu partout, totalitarisme partiel de nos gouvernants sous couvert de républicanisme - j’ai d'ailleurs listé une partie des dérives totalitaires de la gouvernance actuelle soi-disant démocrate, à consulter dans le paragraphe intitulé DÉRIVE TOTALITAIRE DE LA GOUVERNANCE FRANÇAISE ET VRAI VISAGE DE NOTRE « RÉPUBLIQUE » FAISANDÉE (LISTE ÉLABORÉE PAR MES SOINS) qui conclut l'article disponible ici ) et de cette décadence indéniable me fige parfois (les attentats du début d’année, la mise en examen injuste du meilleur humoriste de France par un exécutif politique devenu fou et sous influence de dominateurs étrangers [voir ici], puis quelques ennuis personnels ont eu pour conséquence la plongée de ce blog dans le silence pendant 6 mois). Ah oui, cette décadence, cette effroyable décadence orchestrée au profit du mondialisme par les oligarchies qui se sont emparées de nos sociétés, en occident et particulièrement en France depuis 1945... De cette période qui mène jusqu'à aujourd'hui, mettons de coté les enchanteresses Trente Glorieuses qui ne furent qu’une parenthèse bien agréable et inespérée mais ayant le tort de nous masquer le système sociétal et économique diabolique qui s’apprêtait à se mettre en place dans l’ombre et dont nous avons découvert toute sa capacité de nuisances quelques décennies après. Trop tard, comme toujours. 

Concernant ces Trente Glorieuses (1945 à 1975, avec éventuellement les quelques années suivantes jusqu'à l’aube des années 80) il est important de ne jamais croire certains idéologues professionnels ou amateurs qui souvent, dans les médias ou sur des forums, vous disent que la beauté de ces années est un mythe, et qu’elles sont fantasmées. Car je peux certifier, y ayant vécu en partie lors de mon enfance et mon adolescence, qu’elles étaient réellement belles et bien plus saines que notre réalité de maintenant (mis à part quelques avancées technologiques et médicales d'aujourd'hui dont nous aurions du mal à nous passer). Ceux et celles qui les dénigrent mentent donc, et le font pour des raisons idéologiques inavouées, car la marche du monde actuelle, diamétralement opposée à celle de ces touchantes années, sert merveilleusement leurs petits intérêts, et leur convient donc très bien. 

Vous trouverez ci-dessous quelques petites archives en vidéo datant de l'ORTF (une époque où la télé, malgré ses faibles moyens, respectait encore le peuple et n’était pas livrée aux dominations des financiers, à la propagande généralisée du mondialisme, et pourvoyeuse docile de la médiocrité générale). Il s'agit ici de petites bulles de champagne à prendre comme telles, légères et pétillantes, évoquant toutes le réveillon du jour de l’an. En 1947 (pour le jour de l’an lui-même, à Cannes sur la plage, étrange document jamais diffusé), en 1963 (pour un strip-tease humoristique et somme toute très chaste réalisé par l’actrice Liliane Montevecchi, en 1963 quand même !), en 1957 (pour un sketch rêveur et bon enfant sur l'apesanteur par Roger Pierre et Jean Marc Thibault, acteurs-symboles  de ces années de bonheur et de cette télé saine attendrissante à jamais disparue), en 1975 et en 1977 enfin (pour quelques conseils de beauté pour vous Mesdames et ceux du docteur Bessis pour bien gérer le réveillon, documents légers illustrant parfaitement le ton bienveillant de ces années). Pour les nouveaux lecteurs qui souhaitent plus d’éclaircissements sur les Trente Glorieuses, la décadence générale actuelle, et les raisons de cette rubrique LES TRENTE GLORIEUSES qui atteint ce jour son huitième segment, veuillez accéder à la lumière sur cette page.

Enfin, pour être tout à fait complet sur les raisons de l’absence de l'article de Noël, il y a eu aussi un événement (heureux celui-là) que je n’avais absolument pas envisagé, et qui m’a pris pas mal de temps (beaucoup plus qu’on pourrait se l’imaginer). En un mot comme en cent, le responsable finalement c’est lui :


Et je n’en dirai pas plus.
 Comprenne qui pourra.


JOYEUX RÉVEILLON EN CETTE FIN D'ANNÉE
 (ANNÉE DE MERDE, À TOUS LES POINTS DE VUE OU PRESQUE)
 ET BON JOUR DE L’AN 2016 !



RAPPEL PLUS QUE JAMAIS D'ACTUALITÉ : Enivrons-nous de la grâce d’un sourire, d’une vivifiante présence éthérée, ou de la musique d’une chanteuse nous venant directement des cieux… en ces temps d’apocalypse contemporaine, de mensonges exponentiels et de massacres programmés à l’échelle du monde. Avant qu’il ne soit trop tard. (La talentueuse et douce Mai Fukui, artiste pop-rock japonaise, et son I wanna be a rock roll star).



CINQ VIDÉOS DES TRENTE GLORIEUSES À PROPOS DU JOUR DE L'AN ET DU RÉVEILLON
 (ARCHIVES DE LA RTF ET DE L'ORTF)


Le bain du jour de l'an à Cannes en 1947 (jamais utilisée - 01min 13s)

Liliane Montevecchi exécute un strip-tease paradoxal pour le réveillon en 1963 (03min 41s)

Sketch de rêveurs signé Roger Pierre et Jean Marc Thibault pour le réveillon de 1957 (2min 37s)

Quelques conseils de beauté pour le réveillon de 1975 (04min 02s)

Les conseils du docteur Bessis pour le réveillon de 1977 (02min 32s)



samedi 14 novembre 2015

Les pires attentats en France toutes époques confondues en cette soirée du vendredi 13 novembre 2015 à Paris : 129 personnes abattues, 352 grièvement blessées, dont 99 entre la vie et la mort. Cette situation catastrophique est la conséquence directe de la politique étrangère de la France voulue par nos présidents successifs, de Nicolas Sarkozy à François Hollande.



● Entre 21h20 et 21h53: trois explosions retentissent autour du Stade de France, à Saint-Denis, près des portes D et H et rue de la Cokerie, pendant le match amical France-Allemagne, disputé devant 80.000 spectateurs. Une personne est tuée ainsi que trois kamikazes. Une, puis deux détonations se font entendre mais le match continue. Les joueurs et les spectateurs ignorent ce qui se passe au dehors, comme en témoigne Christophe qui l'apprend en sortant, alors que son fils, « inquiet », l'appelle au téléphone. Un chauffeur privé qui attendait la fin du match aux abords du stade est « touché par un éclat de bombe à la cuisse », atteste son employeur. Il est opéré dans la nuit.

● 21h25: fusillade à Paris à l'angle des rues Bichat et Alibert (Xe arrondissement). Face à face, le bar Le Carillon et le restaurant Le Petit Cambodge sont visés par des tireurs qui sortent d'une Seat type Léon noire. Des lieux très fréquentés par les jeunes Parisiens et les étrangers. Vitrines et terrasses sont criblées de balles, le sang abonde sur le trottoir, il y a quinze morts. Une centaine de douilles sont retrouvées sur la chaussée. Des survivants décrivent des scènes « irréelles », des corps « en pièces détachées ». « C'était surréaliste, tout le monde était à terre, personne ne bougeait », relate une femme. Marie-Laurence, une habitante du quartier qui a vécu les attentats du 11 Septembre à New York, est « dans l'incompréhension et la tristesse » mais se « refuse à la peur ».

● 21h32: rue de la Fontaine-au-Roi (XIe arrondissement), à proximité de la place de la République, cinq personnes sont tuées près d'une pizzeria, La Casa Nostra, et du bar À la bonne bière. Deux jeunes filles qui logeaient à l'auberge de jeunesse voisine, sont abattues devant les yeux de Stéphane, un riverain sexagénaire qui rentrait chez lui. « J'ai vu une voiture s'arrêter et deux ou trois types sortir de chaque côté et tirer de part et d'autre de la chaussée avec des armes automatiques », raconte-t-il, traumatisé. Une Seat Leon noire est également aperçue sur les lieux. Stéphane filme la scène avec son téléphone portable, où l'on voit des policiers entrer dans le restaurant à la poursuite des assaillants. L'un se réfugie au numéro 2 de la rue, selon plusieurs témoins, dont le patron de La Casa Nostra.

● 21h36: tirs rue de Charonne (XIe arrondissement) au restaurant La Belle Équipe. Dix-neuf personnes sont tuées. Toujours la Seat Leon noire.

● 21h40: boulevard Voltaire (XIe arrondissement), l'un des kamikazes qui porte une ceinture explosif se fait exploser au Comptoir Voltaire. Une personne est grièvement blessée.

● 21h40: une Polo noire arrive devant le Bataclan. De nombreux coups de feu sont tirés. Dans la salle de spectacle, où se déroule un concert de rock, plusieurs hommes armés, à visage découvert, ouvrent le feu aux cris de « Allah Akbar », et prennent les 1500 spectateurs en otages. Ces derniers vivent une scène d'horreur pendant plus de deux heures, un témoin parle de l'un des assaillants comme d'une « machine à tuer » qui « abattait méthodiquement les gens à terre ». Un autre les décrit: « L'un avait l'air d'un jeune type, une petite barbe de trois jours. L'autre était rasé de près, portait des petites lunettes et une sorte de béret jaune. Il portait aussi ce que j'ai pris pour un gilet pare-balles: c'était en réalité une ceinture explosive ». (Source Le Figaro. Lire la suite sur Le Figaro.fr).


ATTENTAT AU BATACLAN (PANIQUE DES SURVIVANTS QUI S'ENFUIENT)



Cette situation catastrophique est la conséquence directe de la politique étrangère de la France voulue par nos présidents de la république successifs qui, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, ont toujours été complices des agissements impérialistes des Etats-Unis. Cet empire USA délétère qui décida, dès la première guerre du Golfe il y a plus de 20 ans et sous l’impulsion des « faucons » de Washington, main dans la main avec l’état juif d’Israël, de déstabiliser puis remodeler en profondeur l’ensemble du Moyen-Orient afin d’en prendre le contrôle, et de bénéficier notamment d’un pétrole très bon marché. Cela passa par la chute programmée de tous les pays récalcitrants à leur expansionnisme : après l’anéantissement de l’Irak (assassinat de Saddam Hussein), vint celui de la Lybie (assassinat de Kadhafi), puis de la Syrie qui devait tomber à l’aide de mercenaires que la communauté internationale complice présenterait comme des « rebelles » issus du peuple (le seul authentique « printemps arabe » fut celui de la Tunisie, vrai soulèvement populaire, tous les autres n’étant qu’une vaste manipulation médiatique destinée à donner le change). L’Iran devait être le dernier à tomber après la Syrie. Mais nos apprentis sorciers n’avaient pas prévu le surgissement d’un « Etat islamique » aux succès militaires exponentiels. C’est celui-là qui agit maintenant dans divers pays du monde, et notamment d’Europe, et que nous avons vu en action ce 13 novembre. Les Etats-Unis et leurs alliés sont donc pris à leur propre piège. Mais qui trinque au final ? Eh bien, toujours les mêmes : ce sont les gens du peuple, qui eux ne bénéficieront jamais de protections dont disposent les oligarques irresponsables qui nous gouvernent. On l’a encore constaté amèrement ce vendredi 13.

CET ÉVÉNEMENT FUNESTE AUGURE SANS DOUTE POUR NOUS TOUS LA FIN DE QUELQUE CHOSE. ET LE DÉBUT D’UNE ÉPOQUE INCERTAINE DONT NOUS NE MESURONS PAS ENCORE LA TRAGIQUE PESANTEUR.

mercredi 4 novembre 2015

MAURICE ROLLINAT, POÈTE (1846-1903) - Segment 2


MAURICE ROLLINAT, POÈTE (1846-1903)


LA RONCE ET LE SERPENT

Foisonnantes, couvant des venins séculaires 
Dans ce marécageux semis d'herbe et de rocs, 
Les ronces, par fouillis épais comme des blocs, 
Embusquaient sourdement leurs dards triangulaires.

Ah certe ! Elles guettaient si bien l'occasion 
Du Mal, si scélérate épiait leur adresse, 
Que l'accrochant éclair de leurs griffes traîtresses 
Fut plus subtil encor que ma précaution.

J'enrageais ! Quand mon pied heurte un serpent... la bête 
Aurait pu se venger ? elle écarta la tête,
Et s'enfuit d'un train plus rampant.

Allons ! que ton humeur à présent se défronce, 
Me dis-je ! - Et, j'oubliai pour un si doux serpent
La méchanceté de la ronce.


LA VIEILLE ÉCHELLE

Gisant à plat dans la pierraille,
Veuve à jamais du pied humain,
L'échelle, aux tons de parchemin,
Pourrit au bas de la muraille.

Jadis, beaux gars et belles filles,
Poulettes, coqs, chats tigrés
Montaient, obliques, ses degrés,
La ronce à présent s'y tortille.

Mais, une margot sur le puits
Se perche... une autre encore ! et puis,
Toutes deux quittant la margelle

Pour danser sur ses échelons,
Leurs petits sauts, tout de son long,
Ressuscitent la pauvre échelle.


LA VOIX DU VENT

Les nuits d'hiver quand le vent pleure,
Se plaint, hurle, siffle et vagit, 
On ne sait quel drame surgit 
Dans l'homme ainsi qu'en la demeure.

Sa grande musique mineure 
Qui, tour à tour, grince et mugit,
Sur toute la pensée agit 
Comme une voix intérieure.

Ces cris, cette clameur immense,
Chantent la rage, la démence,
La peur, le crime, le remord...

Et, voluptueux et funèbres, 
Accompagnent dans les ténèbres 
Les râles d'amour et de mort.


LA RIEUSE 

Ses rires grands ouverts qui si crânement mordent
Sur le fond taciturne et murmurant des prés,
Sont métalliques, frais, liquides, susurrés,
Aux pépiements d’oiseaux ressemblent et s’accordent.

Excités par la danse, ils se gonflent, débordent
En cascades de cris tumultueux, serrés,
De hoquets glougloutants, fous et démesurés,
Qui la virent, la plient, la soulèvent, la tordent.

On la surnomme la Rieuse.
La santé la fait si joyeuse
Qu’elle vit sa pensée en ses beaux yeux ardents ;

Son âme chante tout entière
Dans sa musique coutumière,
Sur le robuste émail de ses trente-deux dents.

— « Est-elle heureuse ! » — mais, la triste expérience
Vous chuchote sa méfiance : 
« Ici-bas, tout bonheur est court. 
Le ver, comme disent les vieilles, 
Couve aux pommes les plus vermeilles. 
Tôt ou tard, elle aura son tour 
Dans la tristesse. Quelque jour, 
Elle ira, funèbre et chagrine, 
Au long des bois, au bord de l’eau. 
Alors, ce sera le sanglot 
Qui contractera sa poitrine. 
Au lieu de leurs pimpants vacarmes, 
Sur ses lèvres viendront croupir 
Le silence du long soupir, 
Le sel âcre et brûlant des larmes.
Car, ainsi va notre destin :
L’illusion flambe et s’éteint.
Après l’innocence ravie
Le Mal enlacé du remord !
Et l’épouvante de la mort
Après l’ivresse de la vie ! »


MAGIE DE LA NATURE

Béant, je regardais du seuil d'une chaumière 
De grands sites muets, mobiles et changeants, 
Qui, sous de frais glacis d'ambre, d'or et d'argent, 
Vivaient un infini d'espace et de lumière.

C'étaient des fleuves blancs, des montagnes mystiques. 
Des rocs pâmés de gloire et de solennité, 
Des chaos engendrant de leur obscurité 
Des éblouissements de forêts élastiques.

Je contemplais, noyé d'extase, oubliant tout, 
Lorsqu'ainsi qu'une rose énorme, tout à coup, 
La Lune, y surgissant, fleurit ces paysages.

Un tel charme à ce point m'avait donc captivé 
Que j'avais bu des yeux, comme un aspect rêvé, 
La simple vision du ciel et des nuages !


REPAS DE CORBEAUX

C'est l'heure où la nuit fait avec l'aube son troc. 
Dans un pays lugubre, en sa plus morne zone, 
Précipité, profond, massif comme le Rhône 
Un gave étroit, muet, huileux, mou dans son choc ; 
Sol gris, rocs, ronce, et là, parmi les maigres aunes, 
Les fouillis de chardons, les courts sapins en cônes. 
Des corbeaux affamés qui s'abattent par blocs ! 
Ils cherchent inquiets, noirs dans le blanc des rocs ; 
Tels des prêtres, par tas, vociférant des prônes,
Ils croassent, et puis, ils sautent lourds, floc, floc !
Soudain, leur apparaît, longue au moins de deux aunes, 
Une charogne monstre, avec l'odeur ad hoc !...
Ils s'y ruent ! griffes, becs taillent, frappent d'estoc. 
Acharnés jusqu'au soir, depuis le chant du coq, 
Ils dévorent goulus la viande verte et jaune 
Dont un si bon hasard leur a fait large aumône. 
Puis, laissant la carcasse aussi nette qu'un soc, 
Se perchant comme il peut, tout de bric et de broc, 
Dans un ravissement que son silence prône,
Au-dessus du torrent, le noir troupeau mastoc, 
Immobile, cuvant sa pourriture, trône. 
Sous la lune magique aux deux cornes de faune.


LA GRANDE CASCADE

A cette heure, elle n'est sensible, 
La grande cascade du roc, 
Qui par son tonnerre d'un bloc, 
La nuit la rend toute invisible.

Et, pourtant, sa rumeur compacte 
Décèle son bavement fou, 
Sa chute à pic, en casse-cou, 
Son ruement lourd de cataracte.

Un instant, l'astre frais et pur 
Écarte son nuage obscur, 
Comme un œil lève sa paupière ;

Et l'on croit voir, subitement, 
Crouler des murs de diamant 
Dans un abîme de lumière.



À L'ASSEMBLÉE

Parmi châtaigniers et genêts 
Où s'émouchaient, sans pouvoir paître, 
Des montures sous le harnais, 
Ronflait l'humble fête champêtre.

Les crincrins et les cornemuses, 
La ripaille, un soleil de feu, 
Allumaient tout un monde bleu 
A faces longues et camuses.

Et, tandis que ce flot humain 
- L'enfance comme la vieillesse -
Battait les airs de sa liesse... 
En grand deuil - au bord du chemin,

Les yeux fermés, - morte aux vacarmes, 
Une femme étranglait ses larmes 
A genoux, devant une croix.

Rien n'aura l'horreur et l'effroi 
De ces pleurs gouttant, sans rien dire, 
Dans cet énorme éclat de rire.


FIN D'HIVER

Par ce temps si bénin, après tant de froidure, 
Dans les grands terrains gris, sur les coteaux chenus, 
On a l'impression parmi ces arbres nus 
D'un très beau jour d'été sans fleurs et sans verdure.

Les pieds ne glissent plus sur la terre moins dure 
Où les feux du soleil, presque tous revenus, 
Allument cailloux, rocs, sable et gazons menus. 
Dans l'atmosphère souffle un vent tiède qui dure.

Et çà et là - près d'un marais, 
D'un taillis, d'un pacage, auprès 
D'un ruisseau bordé de vieux aunes,

Le printemps s'annonce à vos yeux
Avec le vol silencieux 
De beaux petits papillons jaunes.


LE CRI DU CŒUR

Rondement, Mathurin 
Mène dans sa carriole 
La Dame qui s'affole 
De filer d'un tel train.

Elle crie au trépas ! 
Le vieux dit : «  Not' maîtresse, 
N'soyez point en détresse 
Puisque moi j'y suis pas.

Si y'avait du danger 
Vous m'verriez m'affliger 
Tout comm' vous, encor pire !

Pac'que, j'm'en vas vous dire :
J'tiens à vos jours, mais j'tiens 
P'tèt' encor plus aux miens. »



lundi 12 octobre 2015

LES DIX MEILLEURS FILMS DE CLAUDE CHABROL.


Claude Chabrol est décédé le 12 septembre 2010 à l'âge de 80 ans. On se doutait bien qu’avec le temps son absence allait se faire cruellement sentir au sein du cinéma français, et cinq ans après l'on constate que cette crainte n'était pas infondée. Durant toutes ses années d’activité Chabrol nous a accompagnés via des créations pertinentes et jouissives, bien que parfois encombrées d’un militantisme gauchisant (de bon aloi) un peu trop voyant. Malgré tout, quelles soient chefs-d’œuvre (parfois), fascinantes (souvent) ou nanars (rarement), elles auront tapissé les murs de son univers intérieur et du nôtre, un univers bien à lui qui retranscrivait pourtant si bien une certaine réalité de la société française de ces cinquante dernières années, notamment l’univers étriqué de la bourgeoisie de province (en général) et les faiblesses, les lâchetés, et les hypocrisies du genre humain (en particulier). Tout cela raconté avec sa bonhomie et son espièglerie à nulles autres pareilles. Venant de la très médiatique et surfaite nouvelle vagueChabrol éprouva le besoin de se démarquer rapidement de ses compagnons de « révolution » des Cahiers du cinéma tels RivetteGodard ou Truffaut. Et à l’instar de ce dernier il n’eut pas peur d’abandonner sans ambages la radicalité narratrice d’un Godard afin de renouer avec une lisibilité classique qui lui permis d’être le plus populaire de la nouvelle vague auprès du grand public sans vendre son âme au Diable. Il révéla ou conforta toute une génération d’acteurs et d’actrices qui marquèrent le cinéma français, de Jean-Claude Brialy à Stéphane Audran (sa seconde femme) en passant par Jean YanneMichel BouquetIsabelle HupertJean PoiretMichel Serrault ou encore Christophe MalavoySon inspiration, lorgnant souvent vers les romans français ou la littérature étrangère, a donné une filmographie copieuse : prés de soixante long-métrages, agrémentés à partir de l’année 1979 par la musique de chambre de son fils Matthieu Chabrol à l’inspiration très fauréenne qui offrira un climat bien particulier et très reconnaissable aux films de son père (dont certains parfois tristement alimentaires lorsqu’il fallait renflouer les dettes de sa société de production). L’héritage cinématographique qu’il nous laisse est impressionnant. Comme dans la vie il faut bien faire des choix, j’ai voulu déterminer quelles étaient à mes yeux ses dix meilleures créations entre toutes. Je vous en propose ici la liste, accompagnée de photos, d'extraits de films, et d'un entretien avec Claude Chabrol réalisé en 1987 pour l'excellente émission Cinéma Cinémas que tous les cinéphiles regrettent amèrement.


1.  LANDRU (1963)
Très jubilatoire, sur un sujet pourtant tragique : l'histoire du premier grand serial killer français né au 19ème siècle, surnommé le Barbe-Bleue de Gambais. Charles Denner y joue le rôle-titre et y est très ressemblant. En face de lui, Michelle Morgan et Danielle Darrieux, entre autres, sur des dialogues de Françoise Sagan. La période de la Belle-Époque renaît sous nos yeux, et les costumes magnifiques nous rappellent ce que fut l’élégance en ces temps charmants : costumes trois pièces des dandys agrémentés de gants de chevreau et de canne à pommeau sculpté, et magnifiques robes des femmes corsetées aux dessous faits de dentelles, rubans, tournures ou crinolines amènent quelques couleurs à cette histoire d’une grande noirceur. C’est à partir de ce film que la truculence légendaire de Chabrol devint à mon sens l’élément moteur principal de son inspiration cinématographique, observée dans la quasi-totalité de ses futures créations. L'intrigue : le bourgeois Henri-Désiré Landru (Charles Denner) séduit des femmes seules et fortunées, les tue, puis fait disparaître leur corps dans sa cuisinière après leur avoir subtilisé leur argent. Cela afin d’assurer la subsistance de sa petite famille. Est-ce bien raisonnable, c'est l'une des questions qu'on peut légitimement se poser.


REPORTAGE SUR LE TOURNAGE DU FILM LANDRU (1963)


2.  LA FEMME INFIDÈLE (1969)
Une tragique confrontation, inoubliable, entre trois acteurs d’exception : Michel BouquetMaurice Ronet et Stéphane Audran, la ravissante muse et femme de Claude Chabrol de 1964 à 1980. Bouquet marquera les esprits pour longtemps avec ce rôle de notable froid, finalement sans foi ni loi, à tel point qu’il sera par la suite très sollicité par les producteurs de cinéma pour refaire à l’envi ce même type de rôles glaçants. En visionnant ce long métrage le spectateur imprudent qui croyait avoir à faire à un spectacle somme toute banal se rend compte mais trop tard qu’il est tombé dans une sorte de toile d’araignée géante qui l’enserre petit à petit et l’étouffe, à l’instar des protagonistes du film, jusqu’au final implacable. Rappelons l’intrigue : Charles Desvallée (Michel Bouquet) est un taiseux bourgeois époux d'une femme plus jeune que lui, la troublante Hélène (Stéphane Audran). Lorsqu'il apprend qu'elle le trompe avec le jeune Victor Pegala (Maurice Ronet), il décide un plan machiavélique : faire disparaître l'amant gênant.


BANDE ANNONCE DU FILM LA FEMME INFIDÈLE (1969)



3.  LE BOUCHER (1970)
Un choc lors de sa sortie. Fascinant, rigoureusement cruel, presque métaphysique, bien que d’une simplicité confondante dans sa construction et son filmage. Stéphane Audran, très touchante face à un Jean Yanne confondant de naturel qui tient ici le rôle qui le popularisa, incarne à nouveau une Hélène sensuelle mais glaçante, identique à celle de La femme infidèle évoqué plus haut, sans doute une volonté de Chabrol qui adorait faire ce genre de clin d’œil. Ce film incontournable, et matriciel pour l’œuvre future de Chabrol, bien qu’ayant par moments des allures du cinéma de Maurice Pialat, laisse à toute personne l’ayant vu une persistante impression de malaise. L'intrigue : un petit village paisible du Périgord est tout d’un coup plongé dans l’angoisse lorsque des femmes sont retrouvées égorgées par un mystérieux assassin. La directrice d’école Mademoiselle Hélène (Stéphane Audran) soupçonne le boucher (Jean Yanne), ancien de la guerre d’Indochine, pour lequel elle ressent pourtant une étrange attirance.


REPORTAGE LORS DE LA SORTIE DU FILM LE BOUCHER (1970)


4.  LES NOCES ROUGES (1973)
Ce film a un grand cousinage avec le long métrage tourné cinq ans plus tôt et mettant déjà en scène Stéphane Audran maîtresse de Maurice Ronet (encore ce fameux La femme infidèle déjà évoqué ci-dessus à deux reprises). Ici c’est un Michel Piccoli tout en démesures qui s’y colle, pour un film d’une rare cruauté psychologique mais où souffle un vent d'absolu. Une histoire à la logique implacable, peut-être la plus sauvage de Claude Chabrol, pourtant inspirée des amants diaboliques de Bourganeuf, ce fait divers glauque qui se déroula en février 1970 dans une commune de la Creuse : les conséquences désastreuses d’une passion amoureuse hors normes qui consuma ses protagonistes jusqu’à leur faire passer les portes de l’enfer. Mais n’oublions pas : ORESTE : Déesse, décidez si je suis innocent ou coupable. Quel que soit votre arrêt, je m'y soumets. MINERVE : Cette cause est difficile, quel mortel oserait la juger ? (ESCHYLE, Les Euménides, acte IV., scène 1). Rappelons l’intrigue : il est ici question d'un double adultère et d'un double crime passionnel. Paul (Claude Piéplu) est un bourgeois marié à la belle Lucienne (Stéphane Audran). Celle-ci est la maitresse de Pierre (Michel Piccoli) qui est lui-même marié à Clotilde (Clotilde Joano) gravement souffrante. Pierre décide d'abréger les souffrances de Clotilde et de vivre pleinement sa relation avec Lucienne. Mais les choses vont se compliquer lorsque Paul va annoncer aux amants qu'il est au courant de leur coupable relation.


EXTRAIT (CYNIQUE) DU FILM LES NOCES ROUGES (1973)

5.  ALICE OU LA DERNIÈRE FUGUE (1977)
Fantasmagorique, surnaturaliste et cauchemardesque. Inspiré de l’univers romanesque de Lewis Carroll, et surtout du film culte underground Carnival of souls réalisé par Herk Harvey en 1962. Sylvia Kristel, l’interprète sulfureuse du classique Emmanuelle, est ici plus belle que jamais et trouve le rôle le plus intéressant de sa carrière tout en y apportant par sa seule présence une profonde sensualité. De grands acteurs lui donnent la réplique : Charles Vanel, André Dussollier, François Perrot, Fernand Ledoux, Jean Carmet… Une expérience cinématographique fascinante dans laquelle figure un hommage au cinéaste belge André Delvaux que tous les plus pointus des cinéphiles auront reconnu : la fameuse scène de l'auberge évoquant celle du film Un soir, un train sorti en 1968 avec Yves Montand et Anouk Aimée (voir la vidéo ici). Rappelons l’intrigue : sous une pluie torrentielle au cœur de la nuit, Alice (Sylvia Kristel), jeune femme séduisante d’une vingtaine d’années, a un accident de voiture sur une route perdue de campagne. Elle s’en sort miraculeusement indemne et trouve un abri dans une maison isolée dont le propriétaire accueillant (Charles Vanel) semble la connaitre. Le lendemain elle cherche à partir mais ce départ semble impossible, chaque tentative la ramenant à l’étrange maison.


EXTRAIT (DÉROUTANT) DU FILM ALICE OU LA DERNIÈRE FUGUE (1977)


6.  LES FANTÔMES DU CHAPELIER (1982)
Véritable objet de fétichisme que ce petit bijou d’humour noir, et probablement la meilleure adaptation de Simenon au cinéma qui offre au truculent Michel Serrault sa plus jouissive composition. Charles Aznavour dans son rôle de petit tailleur pathétique lui tenant la dragée haute, on ne se lasse pas de revoir ces deux brillants acteurs, ici à leur firmament, jouer ainsi au chat et à la souris (mais qui est la souris, qui est le chat ?) dans le contexte de la pittoresque petite ville portuaire de Concarneau. Film croustillant malgré la désespérance et la noirceur dans lesquelles il baigne, particulièrement réussi par un Claude Chabrol qui n’a peut-être jamais autant léché ses plans et soigné sa réalisation. L’intrigue : dans une petite ville portuaire de province où tous les notables se connaissent, des femmes sont assassinées par un mystérieux tueur en série. Les habitants sont terrifiés. Parmi ceux-ci Monsieur Kachoudas (Charles Aznavour), petit tailleur juif arménien qui s’intéresse de près aux sorties nocturnes de son étrange voisin, le chapelier taciturne Léon Labbé (Michel Serrault), dont la femme malade (Monique Chaumette) vit désespérément cloîtrée dans sa chambre.


EXTRAIT (JOUISSIF) DU FILM LES FANTÔMES DU CHAPELIER (1982)


7.  POULET AU VINAIGRE (1985)
Le premier opus du diptyque consacré au truculent inspecteur Jean Lavardin aux méthodes bien peu orthodoxes. Savoureux et hilarant, avec un Jean Poiret exceptionnel dans son meilleur rôle, tout en acidité célinienne et en drôlerie politiquement incorrecte, qui se plait à scruter et mettre à jour les mœurs non avouables des petits notables de province. Le cinéaste, dont on subodore avec quelle coupable jouissance il a réalisé ce film (jusque dans la bande annonce où il donne de sa personne, voir plus bas), s’est associé pour l’occasion avec l’écrivain Dominique Roulet afin d’adapter son propre roman Une mort en trop. Ce fut aussi les retrouvailles heureuses avec deux de ses acteurs fétiches, à savoir son ancienne femme Stéphane Audran dans un rôle difficile de paraplégique aigrie, et le grand Michel Bouquet. Rappelons l'intrigue : Louis Cuno (Lucas Belvaux), facteur d’une petite ville de province et sa mère atrabilaire (Stéphane Audran) sont harcelés par trois notables qui veulent les pousser à vendre leur maison. Dans le même temps l’iconoclaste inspecteur Lavardin (Jean Poiret) est dépêché dans la ville pour enquêter sur un meurtre.


 BANDE ANNONCE (SUCCULENTE) DU FILM POULET AU VINAIGRE (1985)


8.  INSPECTEUR LAVARDIN (1986)
Grisé par sa collaboration avec l’écrivain Dominique Roulet, Claude Chabrol remet le couvert à ses cotés pour cette suite de Poulet au vinaigre qui reprend le personnage haut en couleur de l’inspecteur Jean Lavardin. Si on ne change pas une équipe qui gagne (le premier opus fut un vrai succès critique et commercial) on ne change pas non plus les thèmes récurrents du cinéaste tels que l’étude de bourgeois corrompus issus de la classe dominante pompidolienne. Cette suite est encore meilleure que le premier volet, avec un Jean Poiret toujours amateur d’œufs sur le plat au paprika, et qui se surpasse dans un certain sadisme pour notre plus grand plaisir. Idem pour la troupe de comédiennes et comédiens qui, de Bernadette Lafont à Jean-Luc Bideau en passant par Jean-Claude Brialy, redoublent de cabotinage pour servir au mieux ce petit bijou cinématographique. Rappelons l'intrigue : c’est le temps d’une nouvelle enquête pour l’inspecteur Lavardin (Jean Poiret) qui se rend dans une petite ville de notables afin d’enquêter sur la mort étrange de Raoul Mons, bourgeois catholique récemment sollicité par des associations intégristes afin d’interdire un spectacle jugé subversif. Le tenancier d’une boite de nuit Max Charnet (Jean-Luc Bideau) est bientôt suspecté.


BANDE ANNONCE (PARADOXALE) DU FILM INSPECTEUR LAVARDIN (1986)

9.  L'ENFER (1994)
Film radical sur la jalousie, envisagée ici comme une dangereuse pathologie. Claude Chabrol construisit son film sur les bases du scénario d'Henri-Georges Clouzot, celui-ci ayant abandonné ce projet suite à un infarctus, après en avoir pourtant tourné les premières séquences en 1964, avec comme vedettes Romy Schneider et Serge Reggiani. Ruxandra Medrea et Serge Bromberg sortirent en 2009 un documentaire réalisé à partir des rushes sauvegardées de Clouzot, qui s’avèrent assez fascinantes. François Cluzet reprend le rôle de Serge Reggiani dans la version de Chabrol, et se donne à fond dans une interprétation difficile et complexe. Son personnage évolue dans une réalité qui nous semble totalement banale et familière, mais bientôt pervertie par un climat délétère fait d’angoisse et de non-dits qui confinerait presque au fantastique à mesure que l’homme jaloux perd pied, presque annihilé par une souffrance sourde dont l’origine reste incertaine. Emmanuelle Béart, dans le rôle d’une pimbêche sexy, lui donne la réplique d’une manière particulièrement troublante. Un petit chef-d’œuvre très déstabilisant. Rappelons l’intrigue : Paul (François Cluzet) est marié à la charmante Nelly (Emmanuelle Béart). Ils ont tout pour être heureux. Malgré cela, Paul se sent de plus en plus gagné par un étrange mal : une jalousie irraisonnée qui l’ensorcèle progressivement et lui fait perdre tout discernement.


BANDE ANNONCE DU FILM L'ENFER (1994)


10.  LA CÉRÉMONIE (1995)
Apocalyptique. Implacable. Chabrol, avec l'aide de deux actrices inspirées (Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire), revisite brutalement la lutte des classes. C’est le retour du cinéma social cher au cinéaste souvent engagé, mais sa critique habituelle de la classe dirigeante, symbolisée ici par la famille mélomane accueillant sans arrière-pensées l’exclue qui causera leur perte, se teinte malgré tout d’un réalisme subtil qui tranche avec le manichéisme des films dénonciateurs précédents (du très moyen Que la bête meure aux Noces rouges en passant par La femme infidèle). Ici la peinture de mœurs est plus nuancée, les bourgeois pas forcement odieux, et les filles du peuple moins saines et innocentes qu’on pourrait l’imaginer. Indéniablement le dernier grand film de Chabrol. Rappelons l'intrigue : Sophie (Sandrine Bonnaire) est engagée comme bonne dans la demeure de bourgeois de Saint-Malo, la famille Lelievre. Mais elle a un secret : elle est analphabète et fait tout pour le cacher. Dévouée et silencieuse elle se prend bientôt d’amitié pour Jeanne (Isabelle Huppert) postière du village qui semble avoir des ressentiments envers la famille Lelievre.


EXTRAIT (CRUEL) DU FILM LA CÉRÉMONIE (1995)



BONUS
ENTRETIEN AVEC CLAUDE CHABROL EN 1987 POUR CINÉMA CINÉMAS